
Interview : Bertivox, un auteur compositeur en colère
Depuis le mois d’avril, l’inquiétude est de mise pour les artistes et labels distribués par Wild Palms Music. L’agrégateur qui était jusqu’ici recommandé par VirginMega ne donne plus signe vie. Le catalogue a même été débarqué de certaines plateformes françaises ( dont fnac.com ) . Bien qu’en plein débat sur l’Hadopi, les offres légales et le financement de la création musicale, personne ne semble vraiment s’intéresser au sort de ces artistes en pleine tourmente numérique. Depuis Bertivox , un artiste bien connu sur internet a constitué un « collectif de défense des droits des artistes signés chez Wild Palms Music ». Une association qui a pour but de rassembler, d'informer et de soutenir dans leurs réclamations et démarches juridiques les artistes en difficulté. Le blog d’ « un artiste en développement dans un monde en crise » est parti à la rencontre d’un auteur compositeur en colère…1 -Bonjour Berti Vox, pourquoi à tu monté un collectif de défense des droits des artistes signés chez Wild Palms Music » ? Et globalement que proposez vous aux artistes en difficulté ?
J'ai monté ce collectif suite à de nombreux messages que j'ai trouvés sur le web, sur des forums et qui parlaient des problèmes que les musiciens rencontrent vis à vis de Wild Palms Music. Je me suis rendu compte qu'on était plusieurs centaines à se faire mener en bateau par ce label. Je me suis dit que si j'arrivais à rassembler tout le monde, nous aurions plus de poids pour faire valoir nos droits, faire respecter notre travail et mettre en lumière le problème du téléchargement payant. Nous sommes à l'heure actuelle environ 150 réunis dans un groupe facebook que j'ai créé pour l'occasion.
Ce qu'on propose aux artistes qui n'arrivent pas à obtenir leurs relevés de ventes et leur paiement, c'est des documents pour faciliter leur réclamation. D'abord plusieurs documents sur l'état des lieux de la situation du label puisque Wild Palms Music a stoppé la communication depuis plus d'un an; ensuite un modèle de lettre de mise en demeure, des adresses de contacts des plates-formes de téléchargement pour demander un retrait d'album, un communiqué de presse à relayer éventuellement et un modèle de lettre de comparution devant le juge pour ceux qui veulent poursuivre leur réclamation au tribunal d'instance. Mes collègues et moi-même avons passé plusieurs mois à rassembler toutes ces informations, ce qui fait aussi qu'à présent les musiciens se sentent moins isolés dans leur galère.
2 -Comment interprètes tu l’indifférences des professionnels de la musique voire de certains artistes sur ce sujet ?
Le problème, c'est qu'on vit dans une société de communication où environ 3000 informations arrivent tous les jours. Parmi ces 3000 infos, les journalistes vont en choisir quelques dizaines, donc il faut avoir soit une bonne connaissance dans le milieu où soit une bonne renommée au départ pour que ton communiqué de presse soit relayé. Si tu prends le flux RSS de Libération tu peux voir des infos comme "Trois mois de prison pour le SMS d'insultes à Rachida Dati" qui est pour moi une info pas vraiment intéressante mais comme il s'agit de Rachida Dati alors c'est affiché partout. On peut se demander pourquoi en plein débat Hadopi la cause de notre collectif ne trouve pas plus d'échos, mais c'est comme ça, on vit dans un monde de communication superficielle si j'ose dire. Sur 400 journalistes à qui j'ai envoyé mon communiqué de presse, j'ai eu seulement 4 retours.
Quant aux professionnels de la musique, la plupart n'ont pas envie de remuer la boue, ils ont peur que cela fasse de l'ombre à leur carrière ou projet. Je pense qu'il y a un manque de courage et d'engagement de leur part, et puis nous vivons dans une société assez individualiste où le cas des artistes auto-produit n'intéresse pas grand monde au final.
3- Que penses tu désormais de la distribution numérique de musique ? Vendre de la musique autoproduite sur les grosses plates formes a-t-il pour toi du sens ?
Je suis maintenant vacciné contre la vente de musique en ligne ! L'impression que cela me donne : une gigantesque mafia qui essaie d'exploiter l'ingénuité des musiciens auto-produits en mettant leur album sur des sites de ventes de mp3 très connus et au nom ronflant. A moins d'être signé dans une grosse maison de disque qui a des moyens juridiques, les musiciens n'ont aucune possibilité de vérifier ce qui se passe avec leurs ventes. On peut très bien leur dire ce mois-ci tu as vendu 10 titres et en réalité c'est 20. Si tu multiplies cette petite différence par des milliers de références de chansons, au final ça fait un bon pactole. Cela ne veut pas dire que tous les distributeurs ou magasins ont ce genre de pratique mais qui croire au final ? Le monde de la musique à l'heure actuelle , c'est une immense foire d'empoigne pour la captation de revenus, où seul les plus forts ont leur mots à dire.
Pour moi en tant qu'artiste indépendant, la vente en ligne de mp3 n'a pas de sens car je sais que dans 99% des cas, ça ne permets pas à un auteur-compositeur de vivre même si les comptes sont respectés. Ce qui permet à un musicien de gagner de l'argent, c'est de faire de la scène bien que là aussi ça devient difficile. Au final, 95% des artistes crèvent la dalle et c'est comme depuis bien longtemps, bien avant Hadopi, bien avant internet et malheureusement ça ne va pas changer tout de suite.
4 - Sur ton site, tu vends des cd et tu offres ton album en téléchargement. Les internautes peuvent faire un don. Est-ce que ça marche ?
J'ai reçu quelques dons ! Ce qui fait déjà plus que les 0 euros de Wild Palms Music ! Mais là aussi, ce n'est pas une technique pour gagner sa vie, c'est juste pour essayer d'avoir un peu de fonds à ré-investir dans la promotion par exemple. De toute façon, comme je le disais précédemment, un album physique ou numérique d'un artiste indé ne permets pas de gagner vraiment de l'argent. C'est en fait un support de communication qui va permettre de faire parler de soi avant tout.
Ce qui me plaît dans ce système de don, c'est que le rapport entre l'auditeur et l'artiste est direct, pas d'intermédiaire, une sorte de commerce équitable où on est (quasi) sûr que la totalité du don (moins les frais de banque) va directement dans la poche du musicien. Et je pense que le téléchargement libre de mon album favorise sa circulation et plus ma musique circule et plus cela va contribuer à ma promotion ce qui logiquement entraînera des ventes de CD, car oui le téléchargement libre n'est pas incompatible avec le CD ! En revanche je reste propriétaire de ma musique qui est déposée à la Sacem et son utilisation à but commerciale ne peut avoir lieu sans mon autorisation.
5 - Est ce que tous ces soucis n’ont pas trop parasité ton activité artistique ?
Je pense que si j'avais signé avec un distributeur plus sérieux, cela m'aurait peut-être amener davantage de choses. J'ai discuté par téléphone avec un directeur de plate-forme de téléchargement et celui-ci me disait qu'ils était très sollicités par les distributeurs qui leur demandent régulièrement de mettre en avant tel ou tel artiste... Mais dans le cas de Wild Palms, ils n'avaient plus de contact depuis de nombreux mois. J'aurais peut-être fait un peu plus de vente avec un autre partenaire mais en fin de compte ce qui est le plus pénible, c'est d'avoir à gérer ce genre de duperie de la part de WPM, toutes ces heures passées à faire des recherches, des réclamations, à faire respecter son travail.
6 – Que penses tu du débat sur la proposition de loi HADOPI ?
Hadopi est un projet de loi qui a vu le jour grâce aux lobbyistes qui travaillent pour les multinationales, sous couvert du respect du droit d'auteur alors qu'en réalité le droit d'auteur est le cadet de leur soucis. En fait, les maisons de disque de ces multinationales qui, trop occupées à compter leurs dollars, n'ont pas vu arriver la révolution technologique qu'est internet. Par conséquent elles essaient maintenant de contrôler tant bien que mal un domaine qui est difficilement contrôlable (à moins d'habiter en Chine - ce qui d'une manière doit inspirer certaines personnes). C'est une loi qui reste de toute façon inefficace, puisque contournable. Et pour 95% des artistes, ça ne va strictement rien changer.
7- L’actualité musicale de Berti Vox dans les mois qui viennent c’est ?
Je renoue avec la scène, je participe au festival Charles Trenet à Narbonne le 28 et 29 août. Puis la réalisation de nouveau morceaux que je mettrai à disposition sur mon site web dans les mois qui viennent.
Par ailleurs, je vais attaquer à la rentrée une formation d'ingénieur du son d'une durée d'un an qui va me permettre de me perfectionner dans ce domaine et qui s'ajoutera à mon expérience puisque ça fait 20 ans que j'écris des chansons et que je fais de disques et de la scène. Je pense que l'avenir du musicien à l'heure actuelle réside dans le fait de maîtriser le plus d'étapes possible dans le processus artistique. Je proposerai par la suite mes services pour des projets, comme par exemple celui du rappeur ROST pour qui j'ai réalisé quelques musiques pour son nouvel album qui devrait sortir à la rentrée.
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