
Michael Goldman : "Grégoire c'est exceptionnel pour l’industrie du disque tout court"
Nous continuons notre petite tournée des labels participatifs francophones avec une nouvelle rencontre. Michael Goldman , cofondateur de MY MAJOR COMPANY a accepté de passer sur le canapé du « blog d’un artiste en développement dans un monde en crise » et de répondre à quelques questions …Bonjour. La « success story » de Grégoire a fait de Mymajorcompany le leader des labels participatifs français. N’a-t-elle pas aussi mis la barre très haut pour les artistes et productions à venir ? La notion de reproductibilité est elle au centre de vos préoccupations ?
On affronte l’avenir avec réalisme et ambition. Réalisme, parce que des « Grégoire », ce n’est pas exceptionnel uniquement pour un label participatif : c’est exceptionnel pour l’industrie du disque tout court. Le premier album d’un artiste signé en France qui devient le plus gros vendeur de l’année, cela arrive 2 ou 3 fois par décennie, toutes majors confondues. Donc oui, la barre est très haute. Mais nous avons tout de même l’ambition de connaître d’autres succès dans les prochains mois. Ce sera la condition sine qua non de notre pérennité, nous en avons conscience. Et pour être honnête, à entendre ce qui sort de nos studios en ce moment, nous sommes assez confiants sur le sujet.
Les sites de production communautaire affichent fièrement les pourcentages de reversement aux internautes-producteurs et aux artistes. Pouvez vous nous expliquer le choix d’un reversement plus faible sur Mymajorcompany ?
La guerre des taux n’a aucun sens, puisque les assiettes sur lesquelles ces taux sont fixés sont cachées. La vraie question c’est : des pourcentages de quoi ? Nous ne connaissons pas les conventions de distribution de nos concurrents. Nous ne sommes même pas sûrs que ces conventions existent toujours. Il est assez simple de céder 100% des revenus d’un disque qui ne sortira jamais ou qu’on ne peut pas promouvoir…
Nous savons deux choses :
1/ avec des taux plus faibles que les nôtres, nous ne pouvons pas développer un disque correctement. Soit nos concurrents ont une clé économique que nous ne maîtrisons pas, soit ils ne savent pas le faire non plus.
2/ nous avons sorti deux albums, dont un grâce auquel les producteurs ont multiplié leurs mises par 12… concrètement, cela représente plus de 800 000€ redistribués aux internautes. Avec nos « faibles » taux, je pense que nous avons redistribué plus d’argent sur un seul artiste que toute la concurrence sur la somme de tous leurs artistes…
Nous ne sommes pas pour les effets d’annonce, mais pour la culture du résultat… et ce débat sur les taux ne nous semble pas pertinent.
Le développement d'un artiste se fait sur le long terme. L'investissement des internautes est lui limité entre 3 et 7 ans. Sera-t-il possible d'investir sur le long terme sur MMC ?
3 ou 7 ans d’exploitation, c’est déjà beaucoup pour un album. Prenons par exemple l’album de Grégoire : il va être exploité deux ans, ensuite, nous allons sortir le deuxième… En vérité, ce qui est vraiment intéressant, c’est de pouvoir suivre la carrière d’un artiste sur le long terme, à chaque nouvel album. C’est pourquoi nous allons réserver un certain nombre de parts pour les internautes qui ont déjà produit le premier album… C’est un peu notre « programme de fidélité », en quelque sorte…
Qui sont les éditeurs des artistes MMC ? Un artiste signé MMC peut-il être son propre éditeur ?
La question des éditions est un sujet très important pour l’avenir de l’industrie musicale. On est en pleine crise de la production, et il devient difficile pour les producteurs d’endosser seuls l’ensemble des frais de promotion d’un artiste, au bénéfice de tous. Les éditions sont une telle source de revenus qu’il nous semble inacceptable de travailler sur un projet sans l’implication financière des éditeurs. Malheureusement, les éditeurs ne sont pas habitués à investir à hauteur de leurs gains, et les négociations sont souvent difficiles.
Voilà pourquoi nous sommes éditeurs de la majorité de nos artistes. Quand les artistes sont déjà édités, nous négocions avec l’éditeur originel. S’il s’avère qu’il ne veut ni investir, ni céder une partie de ses droits, nous ne faisons pas le projet. Point. Le marché décidera pour eux.
Au printemps dernier, vous avez opéré une refonte du système de mise. Pouvez vous nous expliquer ce qui a changé et le pourquoi de ces changements ?
Nous avons instauré un système de mises dégressives pour lutter contre l’effet d’aubaine. Pour résumer, quand un artiste arrivait à 70-80% de sa jauge, les dernières mises devenaient une formalité qui se réglait très rapidement. Certains producteurs faisaient de la spéculation, en misant de très gros montants sur des projets qui allaient bientôt exister commercialement. Cette situation ne nous convenait pas pour deux raisons :
1/ cela faussait l’essence de notre processus de sélection, puisque les gens ne misaient plus sur ce qu’ils aimaient, mais sur ce qui semblait plaire aux autres,
2/ cela limitait considérablement le nombre de producteurs et donc de soutiens potentiels pour l’artiste.
Aujourd’hui, plus la jauge est haute, plus la mise maximum par internaute est faible. En somme, seuls les producteurs qui « découvrent » vraiment l’artiste pourront miser beaucoup d’argent, et les spéculateurs qui arrivent à la fin de la bataille seront limités dans leurs manœuvres. Cela valorise la prise de risque et assainit notre processus de sélection.
Comment vivez vous l’apparition quasi hémorragique de « Sellaband à la française » ?
C’est une très bonne nouvelle ! Si notre modèle fait des émules, c’est qu’il est pertinent. Et puis, d’une manière générale, tout ce changement, tous ces nouveaux arrivants, c’est bon pour le monde de la musique. La concurrence, c’est très sain. Il ne faudrait cependant pas que l’irresponsabilité de certains pèse sur l’image de tous les autres. Pour l’instant nous avons l’impression d’être une bonne locomotive pour ce système et nous en sommes fiers.
L'avenir de MMC ? Vers une déclinaison TV du site, vers le spectacle vivant (et un financement des tournées) ? D’autres voies ?
Dans l’immédiat, nous travaillons sur deux chantiers. Le premier, c’est l’exportation de notre modèle : nous allons commencer par le Royaume Uni, dès l’année prochaine. Le deuxième, c’est effectivement la déclinaison du concept : nous allons bientôt nous lancer dans l’édition participative, en partenariat avec les éditions XO. A plus long terme, nous allons essayer d’être présents partout où il y a de nouveaux artistes à découvrir, et un public pour les soutenir.
Pensez-vous qu’à terme les labels participatifs remplaceront les maisons de disques ?
Non, certainement pas. Les labels participatifs seront une option parmi d’autres, mais nous ne pensons pas nous substituer à qui que ce soit. Je crois que le marché se dirige vers une multiplicité d’interlocuteurs, d’options de développement, et c’est une très bonne nouvelle pour la musique et la création. Mais les maisons de disques sont fortes de leurs immenses catalogues, et elles ne disparaitront pas. Sur le développement d’artistes, en revanche, je crois sincèrement que notre modèle économique est plus viable que le leur, et sur ce créneau il n’est pas impossible que les labels participatifs s’imposent comme une norme. C’est en tout cas notre ambition. Retrouvez MY MAJOR COMPANY Sur Mymajorcompany.com
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire