
Faut il encore faire des albums ?
« Alors que sur le Net, la musique se vend titre par titre, les artistes font toujours des albums entiers. Pour combien de temps encore ? »Voici la question qui a été posé ce mardi 13 octobre sur Le Mouv à Frédéric Neff (Viva Musica) et Jérome Riera (NewWaveHooker) Avant de vous proposer de suivre ce passionnant débat en podcast, et puisque vous le verrez il est a un moment question de Bidibule et de mon camarade Boulbar, le blog d’un artiste en développement marque la pause et vous livre le fond de sa pensée …
La contrainte du chanteur automate …
Ce qu’il faut comprendre c’est que le concept même de l’album est apparu avec les deux faces du 33 tours, puis celles de la cassette avant de connaître les faveurs de la galette argentée. Je veux dire par là qu’il s’agit bien d’une contrainte récente ( du moins à l'échelle de l'histoire de la musique) et dont le fondement est à la fois technique et commercial. Contrainte peut être devenue artistique au passage, j’y reviendrai plus tard. Et ce, contrairement à la forme musicale « Chanson » genre populaire par excellence qui a traversé les siècles. Entre le troubadour du 12e et Brassens dans les années 60, la continuité de fond et de forme saute aux yeux : Un type qui raconte sa vie en chantant et en grattant un morceau de bois… What esle ?
Pour revenir à nos chers contemporains, il n’est pas inintéressant de noter ceci : Que l’on s’appelle Frédéric François, Metallica ou IAM, on répond à un QCM artistique « intro couplet refrain couplet refrain outro» et à l’ordre d’exécuter si possible la chose en rime et en 3’30 montre en main. La structure chanson traverse donc aussi bien les styles que les époques. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’évoluera pas, car toute structure musicale évolue dans le temps. Mais c’est encore une autre histoire.
Si je m’autorise à ce petit exposé, c’est pour que l’on comprenne bien que du côté de l’artiste, écrire de la chanson qu’elle soit pop, rock, alternative ...C’est déjà répondre à une série de contraintes. S’en affranchir, coûte cher lorsqu’il s’agit de vulgariser, diffuser l’œuvre sur des canaux médiatiques eux même très formatés. Cette tendance s’est d’ailleurs accentuée ces dernières années .Si Brassens sortait aujourd’hui les 7 minutes de sa "supplique pour être enterré sur la plage de Sète", nous n’en connaîtrions certainement qu’un scandaleux saucissonnage de 3 minutes et des poussières réalisé pour la radio, ou pire par la radio.
Contre toute attente, la contrainte liée au support a survécu au support lui-même…
Aussi je me demande si il est bien nécessaire d’apporter une contrainte supplémentaire. Celle d'un regroupement façon pack de bière,comprenez par 12 alors que les supermarchés les vendent désormais à l’unité ? Ma réponse est non. Je ne dis pas qu’il ne faut plus faire d’album, je dis que si l’artiste n’en ressent ni le besoin ni le désir, je ne vois aucune bonne raison de le contraindre à remplir des disques qui n’existent déjà presque plus. Tout comme je ne vois aucune bonne raison de le contraindre à ne plus faire d’album de 12 , 17 ou 42 titres s’il le souhaite. Car l’album peut être autre chose qu’une compilation d’œuvre, et sur ce Frédéric Neff a parfaitement raison de citer Boulbar et son récent album concept.
Reste encore à savoir ce que nous avons accroché au concept de l' album, en terme de sens et de valeur. Je pose là une question de perception, celle du public, du média sur l'artiste, voir celle de l'artiste sur son œuvre. Une question qui se pose tout aussi clairement pour le single. Faire des titres à l’unité veut il forcement dire qu’on se prosterne devant le temple du format et de la commercialitude ( pardonnez mon désir d'avenir) ? Pourquoi l'album reste le passage obligé, le rituel. Pourquoi et comment l'artiste en extrait une légitimité ?
N’ayez pas peur…
Je comprend que cette révolution du release ( voir de la chronologie des releases ) puisse effrayer. Je ne peux m’empêcher d’y voir un formidable espace de liberté et un excitant terrain d’expérimentation.
Le Peaudecaste à déguster sur place :
Encore merci pour le (la?) peaudecaste (Castres?)
J'ajouterais un point. Dans un monde où le plus dur pour l'artiste n'est pas la création mais la diffusion et la promotion, avoir, trouver son public.
Et, que ce soit pour les médias, les bloggeurs, le tourneur, le financier ou le producteur et même le public, ce qui fait la légitimité d'un artiste c'est son actualité "sortie d'album" essentiellement.
:D
Oui c'est ce que je dis, on est dans la perception... Il faut simplement penser qu'il y a 10 ans, pour les médias un DJ, ce n'était pas un artiste...Et un artiste français qui chantait en anglais, ce n'était pas crédible ... Qu'en est il aujourd'hui ?
Que la masse et le média qui l'alimente soient à la traine dans ses conceptions, c'est un peu la règle du jeu...
Débat intéressant :)
C'est sur que le single a beaucoup d'avantages: plus facile à produire, plus rapide à sortir, et donc permet de diffuser rapidement des nouveautés vers les fans qui es ajoutent dans leurs playlists...
D'un autre coté l'album donne une certaine légitimité comme dit Frédéric.
J'ajouterai que au delà de ces aspects la, le choix artistique est un autre paramètre important.
A coté d'AC/DC qui est attaché à garder un certain format album, même en musique digitale, il y aussi des groupes comme Radiohead qui dit que faire un nouvel album "les tueraient" et veulent passer aux singles pour leur prochains morceaux. (http://www.independent.co.uk/arts-entertainment/music/news/radiohead-recording-a-new-album-would-kill-us-1770268.html)
En fait les 2 approches ne sont pas incompatibles... un même groupe pourrait sortir certains titres en single tandis que d'autres titres n'auraient de valeur qu'au sein d'un album....
En tout cas, je suis d'accord avec Bidibule, l'album devrait être fait par choix et non parce que c'était un format obligatoire dans le passé.
Pour moi, le format album est dépassé du pint de vue du consommateur. celui-ci aime acheter ou écouter la musique qui lui plait : 200 titres d'affilée d'un même artiste, 3 titres puis 20 d'un autre ou un seul.
Le format album lié au support et à une augmentation du panier moyen des consommateurs a connu son heure de gloire. Mais les consommateurs ont cessé d'être des vaches à lait...
Et puis, pourquoi vendre un album de 12à 15 titres quand le public souhaite simplement streamer un titre.
Cependant, il serait utile de commercialiser les titres en petits packs (2 par 2 par exemple)tous les 2 mois. Cela permettrait de répartir la promotion et d'augmenter au fur et à mesure le cercle des acheteurs en profitant du buzz positif éventuel.
Mais l'industrie du disque (notamment pour son Top Albums) et le monde du spectacle vivant, ainsi que les media généralistes restent attachés au format Albums par une sorte d'élitisme mal placé.
Article passionnant. 3 choses pour apporter de l'eau au moulin :
1) N'oublions pas que le format album n'existait pas avant les fifties. Ben non, je crois pas. Et que les premiers albums, jusqu'aux mid sixties, n'étaient que de simples compliations de singles. Nombre de groupes formidables de l'époque n'ont pas eu la chance de se voir offrir cette "consécration" (car c'en était une, à l'époque), il suffit de se plonger dans l'excellente anthologie Nuggets de Rhino Records pour comprendre à quel point le format single était à l'époque la norme absolue.
2) Ne nous mentons pas, le format album n'est pas un format artistique. Même s'il peut être utilisé avec intelligence et détourné par les artistes (l'album concept), c'est un pur format business : on vend un package, plutôt qu'à l'unité. Evidemment, le CD a fait empirer les choses et on est arrivé à des albums certes plus longs (histoire de justifier la hausse du prix et simplement parce que le support le permettait, ce qui est absurde, artistiquement) mais de pur remplissage, imposant aux artistes entre 15 et 20 morceaux là où la moitié seulement (et je suis gentil) méritaient de figurer...
3) la fin du format album est une bonne nouvelle pour tout le monde, à mon sens, et suit l'évolution des modes de consommation de musique. Et c'est effectivement une contrainte levée pour les artistes, qui peuvent se concentrer sur quelques titres ou livrer une "suite" complète. Surtout, le format de la musique moderne, de la pop, du rock, du hip hop, de l'electro, de tout ce qu'on veut , est LA CHANSON. Point ! Qu'elle fasse 2 ou 7 minutes, c'est la chanson que vous écoutez. (alors oui, il y a certainement aussi des raisons historiques business derrière, mais depuis le format est devenu naturel pour l'auditeur, au contraire de l'album)...
Olivier
Je prépare un retour circonstancié sur ce que je viens de lire ;)