Le blog de Bidibule

L'industrie musicale vue par...Comment dire ... Un artiste D.I.Y.

Vincent Baguian: " Je n’ai pas le sentiment d’avoir épousé un métier en faisant des chansons"

Aujourd’hui sur le canapé, un artiste que j’affectionne particulièrement. Baguian, Vincent de son prénom a co-écrit avec Zazie le conte musicale Sol en Cirque et a collaboré à l’opéra rock Mozart. Mais c’est surtout un auteur compositeur interprète doué, un artisan discret qui l’ouvre de temps à autre sur son Myspace. Il revient sur un parcours et partage avec nous sa vision d’un métier. Vincent ce soir, c’est moi qui fait le psy, ça t’apprendra ...





Bonjour Vincent, c’est avec un plaisir non dissimulable et donc non dissimulé que je te reçois sur le canapé. Ça va c’est confortable ? T’es bien installé ?

Après avoir passé quelques années sur un divan, je sais désormais apprécier les canapés à leurs justes valeurs.


Est-ce que tu peux nous expliquer par quelle porte tu es entré dans le métier ? Et si au final pour toi ce parcours a tenu ses promesses ? Qu’est ce qui passe dans la tête de Vincent Baguian lorsqu’il considère sa carrière artistique ? Tu as l’impression d’en être où ?
Je n’ai pas le sentiment d’avoir épousé un métier en faisant des chansons. On rentre, on sort, on est à la mode, puis démodé, désiré puis rejeté. C’est plutôt une sorte de relation adultère qui va et qui vient. Pendant longtemps j’ai eu un métier à côté tout en faisant des disques. Aujourd’hui après près de 20 ans de bons et loyaux services, on m’appelle pour participer à des projets plus conséquents. Je sais très bien que tout peut s’arrêter du jour au lendemain, sans préavis. J’ai donc l’impression de n’être arrivé nulle part et d’aller je ne sais où au gré des aventures, comme avec une maîtresse.


Tu chantais « je suis moins bon que Cabrel , que Souchon » et aujourd’hui , tu le penses encore ?
Je chante encore cette chanson c’est donc que je le pense toujours. En même temps, j’adore qu’on vienne me dire que j’ai tort. Je suis preneur.


Tu es de ces trop rares artistes qui osent dire ce qu’ils pensent. Mylene Farmer, les fans d’Indochine , Cali , les victoires de la musique, tout y passe. Est-ce qu’on ne t’en fait pas payer le prix ? Que penses tu de la phrase « vouloir être fréquentable se paie en hypocrisie » ?
Je dis ce que je pense sur mon blog, c’est une toute petite fenêtre. Dans la vie de tous les jours je suis très direct et franc, parfois trop. Sur mon blog, je suis dans la vie. En revanche, je n’irais pas assassiner les concerts de Mylène Farmer si j’étais invité au journal de TF1. Je ne suis pas critique musical, ni sociologue. Chanteur, c’est un rôle, je ne me mélange pas les pinceaux. La télévision, c’est pour la promotion, personne n’est dupe. Quand je suis dans mon rôle de chanteur, je fais tout pour bien le tenir. Et sans les caméras et les micros, je redeviens libre et infréquentable.


Avec l’affaire Jean Sarkozy, la France entière hurle à la dérive monarchique. Mais au fond comme le dit Manœuvre dans la chanson et le cinéma « On a nos rois » et droit à l’exposition de leur progéniture. BB Brune révélation rock et « Comme un manouche sans guitare » chanson de l’année, ça t’inspire quoi ?
Le show bizz, c’est la nouvelle aristocratie. C’est assez noble, on y est aimé, on y gagne parfois pas mal d’argent…C’est tentant. Il y a bien des familles de cirque. Les mauvais acrobates se cassent rapidement la gueule et plus ils pensaient voltiger haut, plus ils se font mal en tombant. Quoi qu’il en soit l’incompétence artistique est moins grave que l’incompétence politique. Et même s’il est parfois un peu agaçant de voir des « fils de » propulsés au-devant de la scène au détriment d’artistes plus méritants, je suis davantage scandalisé par l’affaire Sarkozy.


Dans l’énième et douloureux débat sur la création et Internet, une étape a été franchie avec l’Hadopi. Pour de nombreux internautes, la remise en question ne se limite plus à une industrie musicale diabolisée, mais touche désormais le droit d’auteur. Comment toi en tant que créateur interprètes-tu cet état de fait ? La France n’aime t-elle plus ses artistes ?
C’est tout un faisceau de faits qui conduit à cette situation. Quand on va à la banque et que l’on dit que l’on est auteur, compositeur ou interprète, on vous demande ce que vous faites comme vrai métier. Dès que l’on fait un travail où l’on prend du plaisir, cela devient suspect. Avec la Star Acc, tout le monde est persuadé que l’on devient artiste en 3 mois. Les télés et les radios organisent une multitude de concerts gratuits. On s’est servi d’Internet pour la promotion des artistes en mettant tout gratuitement à la disposition du public sans se demander si ce qui était gratuit avait finalement une réelle valeur. Maintenant tout le monde se sert sans se poser de question. À l’école, personne n’enseigne vraiment ce que c’est être artiste et le travail que cela implique. Ni à faire la différence entre ce qui est artistique ou bassement commercial. On apprend la flûte à bec, point final. La liste serait encore longue, j’arrête là. Je ne sais pas s’il est encore possible de remonter la pente.


Que penses tu des labels dont les internautes sont les producteurs ?
Il y avait déjà pas mal d'incompétence dans les maisons de disques, maintenant l'incompétence s'est démocratisée. Il n'y a qu'à écouter le résultat. On devient chanteur, producteur, en claquant des doigts, et on écoute le néant. Au début personne ne voulait d'Aznavour, et c'est pour ça qu'il est resté. On le refusait à cause de ce qu'il apportait de nouveau. Il a dû se reposer sur de vrais producteurs visionnaires et qui croyaient à son avenir artistique avant de courir après l'appât du gain. Les producteurs internautes sont des parieurs, pas des producteurs. A mon avis demain tout le monde aura oublié Grégoire; s'il a été si vite accepté, c'est justement qu'il n'apporte rien et donc ne dérange personne. Il correspond à ce que l'on voulait écouter hier, pas à ce que l'on voudra entendre demain...


Tu as écrit pour l’opéra rock « Mozart », que dirais-tu ? Il faut bien bouffer ? Je suis écœuré, je n’ai jamais eu un titre aussi diffusé en radio ? Bidibule , je me suis éclaté et je t’emmerde ?
Non, je ne t’emmerde pas. Et pourtant je me suis éclaté. Je ne sais pas si cela s’entend au résultat, mais nous avons quand même essayé avec Dove Attia de faire des textes différents de ceux auxquels les comédies musicales nous avaient habituées. Des paroles moins mièvres, j’espère. C’est ce pari qui m’a séduit. Et je pense que si Dove a fait appel à moi qui ne suis pas un spécialiste du genre , c’était pour relever ce défi. Je crois que le texte de « L’assasymphonie » par exemple, est assez éloigné de certaines niaiseries que l’on peut entendre sur les ondes et qui ne sont pourtant pas issues de spectacles musicaux. En tout cas, je suis assez fier de cette chanson. Je n’ai jamais eu de titre aussi diffusé en radio, mais je sais très bien que cela est aussi dû à la puissance de feu des partenaires. Cependant Cléopâtre qui a bénéficié des mêmes appuis n’a pas pour autant réussi à imposer ses chansons. J’aimerais donc croire que cette récente reconnaissance a aussi de bonnes raisons. Tu me laisses rêver ?

Baguian demain c’est .. ?
Mozart a une autre vertu, j’ai désormais le temps de faire ce que j’aime sans concession et sans avoir à espérer que ce soit rentable. Je viens de terminer et de vendre deux scénarios de films écrits avec Maureen Dor, deux comédies assez Trash. Et nous partons sur un troisième scénario. Je vais aussi me remettre certainement à faire un disque personnel, mais j’avoue qu’en ce moment je suis un peu feignant.
Voilà Bidule, c’était un plaisir de répondre à ton machin.

3 commentaires:

  1. zaza a dit…
     

    il est fort ce Monsieur Baguian...

  2. Bidibule a dit…
     

    Et surtout il a un an de plus aujourd'hui! Bon anniversaire Mr Vincent !

  3. Allomusic a dit…
     

    Hello :) Nous avons le plaisir de recevoir Vincent Baguian mardi prochain pour un chat sur AlloMusic :)

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