
Staracademisé !
Comment nous nous sommes tous fait Star academisé ? Où comment la télé réalité a changé la donne dans le petit monde de la musique, voir plus profondément dans la représentation sociale de l’artiste ?
La petite histoire de la « real Tv »musicale en France a débuté en 2001 avec POP STAR. Un concept importé de Nouvelle Zélande, ou les téléspectateurs peuvent suivre presque jour après jour la formation d’un groupe par une maison de disque et son ascension médiatique. Ainsi, nous n’avons pas manqué une miette des douloureux castings mené d’une main de fer par Santi , ex batteur de la « mano négra » et responsable du label Mercury /universal , de l’enregistrement à ICP en Belgique aux interminables répétition de danse avec Ilsa louve des SS , euh pardon Mia Fry. En bout de chaine nous avons eu les « L5 », girls band monté de toute pièce sur le modèle des « Spice Girls ».
Quelques mois plus tard, la star academy à cheval entre le télé crochet musical et Big brother fait sont apparition. Cette fois il est possible de suivre l’ « aventure » 24h sur 24 et même d’y participer dans une certaine mesure. Le public est appelé à voter pour soutenir tel ou tel candidat par SMS surtaxé il va sans dire. Les débuts sont difficiles mais le concept finit par s’imposer. Jennifer Bartoli sera l’heureuse 1ère gagnante de la star academy et fait encore aujourd’hui une très honorable carrière, au moins dans la presse people. Les gagnants des saisons suivantes auront de plus en plus de mal à s’imposer. En 2003, M6 lance « A LA RECHERCHE DE LA NOUVELLE STAR » inspirée du concept « pop idol » (dont Pop star est en quelque sorte l’ancêtre). L’émission prend des airs de casting télévisuel géant. Un jury de professionnel est censé faire une sélection de candidats qui devront affronter le vote du public lors de show en prime time. Les gagnants des trois première saisons eurent bien du mal à trouver leur chemin jusqu’au public. En 2006, l’énorme succès de Christophe Willem change la donne.
Du côté des candidats C’est Objectif : célébrité. Paiement : Chèque en blanc.
"J'ai peur que ces espoirs fous deviennent des désespoirs fous"
Juliette Greco à propos de la star academy
Pour les candidats à la « staracatitude », La Star Academy tout comme les autres programmes de télé réalité est une fenêtre de médiatisation incomparable. En prime time mais sans filet. L’aventure tourne parfois à la « Combat School », flirt avec le trash ou sombre dans le lynchage, tel est le prix à payer pour passer dans l’entonnoir à vedette. Au royaume de la télé réalité, les candidats ne sont pas justes les victimes consentantes d’une terrible machine à faire de l’audimat et à vendre du disque. On ne participe pas à ce genre d’émission, comme on va acheter son pain. Accepter d’être filmé 24h sur 24, coupé du monde pendant 3 mois ou brimé en public par un joyeux jury de star en mal de médiatisation, n’est pas une aventure ordinaire. On le fait pour « se faire connaître », accéder à ce petit capital de célébrité censé ouvrir les portes, celles de l’industrie musicale et des médias. Il y a donc dès le départ pour le candidat l’idée d’instrumentaliser le programme. Un programme dans lequel on ne sait d’ailleurs plus bien qui manipule qui.
« Hier on était célèbre pour avoir fait quelque chose, aujourd’hui il faut être célèbre pour pouvoir le faire. » Tel est l’adage du staracademicien. Reste que l’opération est risquée. Ils ne sont pas très nombreux à avoir su rebondir autrement que sur la tête. Si Amel Bent, Chimène Badi, Olivia Ruiz éliminés en cours de route ont réussi à faire leur place. Le reste des troupes a été catapulté dans l’oublis médiatique pour les plus chanceux et dans les archives du zapping pour les autres. Prions pour qu’ils trouvent un jour le repos télévisuel. Car la célébrité que propose la télé réalité à des airs de ballon de baudruche. Une génération de candidat chassant l’autres, ceux dont le seul mérite étaient d’être visible n’ont guère d’autre avenir que de voir le soufflet retomber ou à rejoindre des milliers d’autoproduit et indépendant dans la jungle de l’Internet d’autres continuent d’arpenter les plateaux télé dans les moins en moins nombreux débats ou émissions sur les cassés de la télé réalité. Recyclage quand tu nous tiens…
Opportunisme, critique & déclarations …
Pour l’industrie musicale, la « télé réalité musicale » tombe bien. La folie du Cd, celle des années 90 est déjà loin. Et pendant que la crise pointe le bout de son nez. La star academy fait vendre : Du disque, des concerts, des magazines…Les posters des academiciens se bousculent sur les murs des chambres. Dans les cours d’écoles on ne s’échange plus les panini de Michel Platini mais celle de Mario, Jennifer et Jean Pascal. Et la musique dans tout ça ? Un produit dérivé comme un autre. Le livre du film, le disque de l’émission. Un prolongement de l’expérience télévisuel. Le programme est un succès populaire, mais n’a pas bonne presse. Les critiques fusent de toute part. En première ligne les artistes qui vont littéralement boycotter les premières saisons. Même chez Universal, on finit par s’excuser "Le succès de Star Academy et Popstars nous permet de prendre des risques avec d'autres artistes. » (Pascal Negre).Mais, la star academy devient rapidement l’une des seuls programmes primetime à laisser un peu de place à la musique. Une fenêtre médiatique sur laquelle on ne peut pas aussi facilement faire une croix. On fait désormais la queue pour chanter en duo avec les academiciens et présenter pour l’occasion son dernier album. Légitimée par la venu d’artistes français et internationaux de renom, l’émission s’auto institutionnalise. « La Star ac est une école » déclare Pascal Negre président d’Universal dans un interview qu’il donne au point.fr en septembre 2008. Ou comment il suffit parfois de siffler pour passer pour un train.
Le discours de la télé réalité musicale …
Pour expliquer le succès et la longévité des concepts « nouvelle pop star academy », on peut certes s’attacher au contexte particulier des années 2000. Mais il serait dommage de ne pas aussi s’intéresser aux discours profonds de ces émissions. Comment les « star ac » nous parlent ? Quelles sont les valeurs transmises ? Quelle image donnent elles des artistes et de la création ?
Le règne de l’artiste interprète.
Alors que les auteurs compositeurs interprètes ont régné sur les années 80 et 90, la télé réalité impose l’artiste interprète. Le karaokiste ! Le travail de composition, d’écriture, la recherche d’un univers ne sont pas suffisamment spectaculaires, pas suffisamment télégéniques voyons ! . Il faut du prêt à consommer, des chansons que tout le monde connaît déjà.
La méritocratie, quand tu nous tiens.
Dans l’imaginaire du public mais pas seulement, un artiste se doit de connaître la galère pour être légitime. Le succès se mérite, même en prime time. La télé réalité répond à ces images en condensant de difficiles parcours initiatiques. Où subir les chorégraphies de Kamel Ouali, des cours de sports ahurissant, les brimades d’un jury, sont des passages obligés. On peut parler de retranscription télégeniques, visuels et spectaculaire de ce que les artistes appellent « la galère ».
L’artiste est choisi par le public …
L’artiste puise la légitimité par son public. Par celui qui lui donne le succès en achetant disques, places de concert. Le pendant télévisuel de l’édifice, la jauge de popularité du candidat porte un nom en 3 lettres : SMS. On vote : quoi de plus démocratique. Mieux même on sauve un candidat. Souvenons nous, du parcours de Magalie Vae dans la saison 2005 de Star academy. Cosette chez les producteurs ! Le rôle de Jean Valjean pour la soirée au prix d’un sms ! D'un coté, il y a quelque chose de très moderne intégrer le public dans le process de création, d'un autre, on délégitime le milieu professionnel de la musique et parfois les jurys. Le « coup de gueule » de Marianne James suite à un vote du public durant un prime de l’émission « A la recherche de la nouvelle star » ,en est un brillant exemple.
La Star Academy est donc un décor, pas une école. Ou une école de communication à la rigueur. Tout n’est que figuration, éclairage, représentation et discours … Et si au fond, ce n’était que de la télévision ?
Staracademisé…
2006, les chaînes de télévision du service public cèdent à leur tour aux sirènes de la « star academisation ». C’est grâce à une énième « télé crochet » que Virginie Pouchain est sélectionnée pour représenter la France au concours de l’Eurovision.
Sur Internet, c’est la Star ac permanente ! Découvrir les stars de demain est devenu une formidable opportunité de faire parler de soi. SFR jeune Talent, Les imprévus d’ AOl Musique , Ricard Live ! Wat the Fuck d’ Emi/wat.tv, CQFD. Chacun improvise sa petite star ac. Les concours se multiplient, les plates formes apparaissent de façon hémorragique. On vote, on récompense et on oublie. La chronologie est respectée !
Les labels participatifs comme Mymajorcompany, nomajormusik ou Spidart s’inscrivent dans cette tendance.
Ici l’intégration du public dans le processus de création est plus fort encore, puisque les internautes investissent de l’argent sur les candidats et sont intéressé aux potentiels bénéfices de la vente d’albums.
Les sites web participatifs sont, d'après moi, des outils marketing et de communication pour sonder les opinion et stimuler l'intérêt des internautes vers des artistes en promotion.
Les "producteurs" sont des cobayes avant la commercialisation de masse des disques. Et comme pour les émissions Star Ac, Nouvelle star, etc c'est un moyen pour vendre des produits dérivés. A voir si la vente d'albums ou de concerts deviendrait bientôt un produit dérivé comme d'autres.
Merci pour cet article intéressant.