
Chris Joss: "T'as qu'à aller bosser et faire du live" est un classique du sous développé du cortex
Il est français, multi instrumentiste mais ne joue pas live et pour couronner le tout le monsieur est signé sur le label américain ESL ( Washington DC) . Depuis 95 , Chris Joss ne suit qu'un seul chemin: le sien. Certains appellent ça un extraterrestre, j'appelle ça un artiste. Chris a sympathiquement accepté de se poser sur le canapé aux interviews et partager sa vision d'un monde en crise.Salut Chris merci de te poser 5 minutes sur le canapé du « blog d'un artiste en de développement dans un monde en crise ? » . ça va bien installé ? Chuppa Chups ou cigarette ?
Merci, bien installé, pas de chuppa ni de cigarette, ou alors sans tabac.
Bon je vais essayer de te trouver une chuppa sans tabac ! En attendant , Tu peux nous raconter ton histoire ? Comment un frenchy arrive- t-il à se faire signer sur un label américain ?
ESL avait contacté le label français qui avait sorti mon 1er LP pour le sortir aux US, à l'époque ESL démarrait tout juste et finalement ça ne s'était pas fait. J'avais sorti "you've been spiked" mon 3eme album sur le label de mon éditeur en France, Cristal records, on leur a envoyé par la poste dans l'espoir d'une distribution aux US et ils l'ont signé aussitôt, enfin après 6 semaines de négociations, car j'ai un contrat à 50/50 ce qui était assez nouveau à l'epoque, c'est à dire que je paye la moitié de tout ce que le label dépense sur mon cas et je touche la moitié de ce qui rentre.
Tu ne fais plus de scène pour des raisons de santé... Tu vis ça comme une frustration ou te sens tu plus à l'aise en studio en tant de dingue du son et de l'enregistrement ?
Il y a 11 ans quand on m'a dit d'arreter le live pour eviter la surdité ça ne m'a trop peiné parce que je n'avais plus de groupe, pas encore sorti mon 1er LP solo, je n'avais donc pas de projet. Maintenant on me propose regulièrement des concerts aux 4 coins du monde et c'est effectivement très frustrant de refuser. En plus du plaisir de jouer live ça me prive du feedback de mon public, que je ne connais que par les commentaires sur myspace. Je n'ai du coup que les mauvais côtés du show business une fois les enregistrements terminés. Heureusement l'enregistrement est une passion, je fais avec.
Est ce que tu fais ta promo via myspace, facebook, twitter ? Oui après tout ces sites ont remplacé les couloirs du métro , la galère est devenue numérique ? Ou non ce n'est vraiment pas le boulot d'un artiste ?
Je ne suis ni sur Facebook ni twitter parce que myspace me prend déjà un temps faramineux, mais comme je disais c'est pour moi un moyen précieux d'être en contact avec mon public, même si j'ai environ 75% de groupes qui spamment sans écouter ma page ça me permet d'évaluer ma notoriété, quasiment le seul moyen vu que les gens n'achètent plus de disques, en tout cas pas les miens. J'ai lu que Biolay avait vendu 100 000 CDs d'après Naive, impressionnant non ?
Comment est ce que tu vis tout ce qui se passe pour la musique aujourd'hui : Le téléchargement illégal, la scène montrée comme un nouvel eldorado de la monétisation de la musique alors que c'est la musique enregistrée qui est le plus massivement consommée sans ce que cela rapporte quoique ce soit ?
Pour être honnête je le vis très mal. Je vois des gens qui n'ont aucun problème à dépenser 5 euros par jours dans des clopes engraissant les multi-nationales sans pitié qu'ils prétendent haïr et traiter avec mépris les artistes qui leur procurent du plaisir sans effets secondaires."T'as qu'à aller bosser et faire du live" est un classique du sous développé du cortex. Il me faut entre 1 et 2 ans pour faire un album en bossant à plein temps, et je ne gagne plus rien du tout sur les quelques ventes. Je suis donc à un stade où j'ai perdu la motivation de faire des disques, le message que je reçois du piratage est que la musique et donc ma musique n'a plus de valeur, c'est très difficile d'être inspiré dans ces conditions. Une sorte de "A quoi bon? ".
La vie d'artiste, si c'était à refaire, tu re-signes ?
J'ai eu une enfance malheureuse et la musique a toujours été mon refuge, n'ayant aucun artiste dans ma famille ça n'a pas été facile mais j'ai du mal à imaginer ma vie sans cette échappatoire, donc oui je rempile.
L'avenir pour toi ? Des projets ? Des rêves ? Tu peux tout me dire , je ne le mettrai que sur internet …
Pas très optimiste sur tous les fronts. Ceux qui sont dans ce business depuis longtemps savent qu'on touche le fond et à moins d'avoir d'autres moyens de vivre, les artistes un peu âgés doivent se tourner vers d'autres activités. Et comme il y a une multitude gigantesque de nouveaux talents qui arrivent avec la fougue de la jeunesse sans besoin d'argent dans un premier temps, il y aura toujours une quantité incroyable de nouvelles musiques. D'ailleurs beaucoup de nouveaux artistes sont fiers de donner leurs titres gratuitement et quand ensuite vient le temps de la réalisation de l'impossibilité d'en vivre, une nouvelle vague d'artistes les remplacent.
Les débats que je lis à ce sujet ressemblent à un concours de bêtise et d'hypocrisie. Licence globale? superbe idée pour les organismes de collections de droits, puisqu'ils vivent sur un pourcentage de ces collections, mais qu'en est il de la redistribution ? Personne ne s'étale et pour cause: à qui redistribuer ?
Les artistes, contrairement à l'idée apparemment répandue, n'habitent pas tous ensemble partageant joyeusement leur revenus. Savoir qui est téléchargé pour ensuite redistribuer l'argent revient à policer le net et est chose impossible pour l'instant. On aurait donc recours à la fameuse "redistribution équitable" chère à la SACEM, qui comme le nom l'indique n'a rien d'équitable. On distribue la vaste majorité des sommes perçues aux artistes les plus vendeurs en estimant qu'ils sont les plus joués plutôt que de se baser sur les passages réels en radio qui sont pourtant vérifiables, alors imaginons un peu sur le net... Johnny Halliday vend beaucoup et donc toucherait beaucoup (enfin ses compositeurs surtout) mais est-il effectivement plus téléchargé qu'un groupe qui s'adresse à un public jeune donc plus enclin à télécharger? j'en doute fortement.
Je pense que l'inéluctable à moyen terme c'est le flicage et filtrage du net, qui va permettre malheureusement à des mouvements qui n'ont rien à voir avec les arts de contrôler les opinions et populations et on se servira des artistes comme responsables du rétrécissement de liberté, ironique non ?
Mes projets, finir la ribambelle de titres commencés que j'ai interrompu quand j'ai reçu mon relevé de ventes et ai constaté que j'avais dépensé plus pour la promotion, fabrication et distribution de mon précedent LP que je n'avais gagné en le vendant. Je cherche des directions.
Et mon rêve? Qu'ESL continue à me chopper des synchros (films, pubs etc) pour pouvoir continuer à faire de la zik et quitter ce pays bien tristounet et fermé sur lui-même et pourquoi pas trouver un pays de...rêve.
excellent interview. Bravo Chris Joss pour votre musique et pour vos pieds sur terre.
C'est clair que Chris a une véritable histoire et de véritables choses à dire ...
Faire du live, comme si c'était facile de trouver des dates, et des dates rémunérées... Ce discours est vrai pour les stars déjà bien installées et capables de remplir les stades, pas pour les autoproduits et indépendants.