Le blog de Bidibule

L'industrie musicale vue par...Comment dire ... Un artiste D.I.Y.

Questions de choix & droit de réponse...

Vous avez été nombreux à réagir à l'article « encore bisou bisou mais plus pognon pognon » qui présentait la v1 de Kiss kiss bank bank. Vincent Ricordeau , le co-fondateur de la plate forme est venu défendre son concept dans ces colonnes numériques. J'ai donc trouvé tout à fait normal de lui proposer de répondre à nos questions autrement que par un commentaire. Kiss kiss bank bank : Questions de choix et droit de réponse. C'est ici et tout de suite.





Salut Vincent et merci d’accepter de répondre à mes questions.


Merci de nous donner l'occasion de répondre aux polémiques que nous avons suscitées.
Je voudrais d'abord préciser, car ce n'est pas toujours très visible, que nous ne sommes pas un label participatif.
Nous sommes un outil digital permettant aux artistes de financer ou développer leurs projets avec leurs communautés de fans ou d'amis en conservant 100% de leurs droits.
C'est d'ailleurs pour affirmer cette différence que nous avons supprimée toute notion de producteurs ou de coproducteurs sur la V1 de Kisskissbankbank.
L'idée est de permettre au grand public de participer à l'éclosion ou à la promotion de projets artistiques. En aucun cas ils ne deviennent producteurs des projets puisque aucune part du master ne leur revient.
C’est vrai que nous avons participé à cette confusion sémantique pendant la version béta, nous l’avons corrigé ici. Il n'y a donc pas de changement de philosophie de notre part, mais au contraire la volonté de l'affirmer en évitant des expressions qui prête à confusion.
Enfin, notre volonté est de garantir une qualité artistique élevée, en ne présentant que des projets émanant de labels indépendants. Nous pensons en effet que ces labels sont les mieux placés pour sélectionner les artistes de talents.

La présentation de la V1 de Kiss kiss bank bank a déclenché quelques réactions épidermiques dans ces colonnes numériques. Est ce que vous vous attendiez à avoir de tels retours ? Est ce que vos comprenez que certains artistes ( et accessoirement moi même) puissent se poser quelques questions sur ce qui est proposé par votre nouveau modèle ? En particulier au niveau de la nature des bonus ?

Il y a une incompréhension concernant ces fameux bonus.
L'idée directrice est de permettre aux KissBankers de s'offrir, en compensation de leurs participations, une proximité originale avec l'artiste et son projet.
Plus l'internaute participe, plus cette proximité devient réelle.
La motivation première reste évidemment de faire exister le projet.
Ces bonus viennent récompenser dans un second temps les participations des internautes puisqu’ils ne sont validés que lorsque l’objectif de la levée de fonds est atteint.
Ces bonus ne sont absolument pas des produits auxquels nous accolons une réelle valeur marchande, mais plutôt une valeur émotionnelle qui augmente en même temps que le montant des participations des KissBankers.
Les petits déjeuners, concerts à domicile ou autres dîners sont des clins d'œil humoristiques qui récompensent les internautes qui participent le plus.
Je suis effectivement assez surpris que cela puisse choquer. Il s'agit pour l'artiste de faire vivre, aux KissBankers que cela amuse, une expérience un peu inédite et originale. J'avoue que l'idée que Paco Volume, œnologue de son état en plus d'être musicien, vienne chez un KissBanker préparer un dîner parce qu'il a participé à financer son projet, nous paraît sympathique et attirante.
Pas une seule seconde, ni nous, ni Paco Volume n’avons voulu insinuer une notion de voyeurisme ou donner l’impression qu’il doive se transformer en livreur de pizza à domicile pour exister artistiquement.
Visiblement ce genre d’idées ne fait pas l’unanimité, sincèrement nous sommes assez à l’aise avec ce postulat…ce n’est finalement que l’étape suivante du Backstage ou de l’aftershow… mais cela dit je comprend votre frilosité sur le sujet à l’heure ou on ne sait plus trop ce que les musiciens doivent vendre pour vivre de leur Art.

Dans son commentaire Lara, une lectrice déclare « Je pense que la proximité de l'artiste et du fan doit être impulsée par l'artiste lui-même, ». Est ce que les bonus sont proposés par les artistes? Comment fabriquez vous une offre ? 



Encore une fois nous ne sommes qu’un outil pour l’artiste, c’est donc lui qui formate son offre.
Trent Reznor ou les artistes sur Kickstarter utilisent ce genre de clin d’oeils…
Par contre pour le lancement de notre V1, nous avons fait des propositions aux artistes pour qu’ils réfléchissent dans ce sens. Il se peut, nous le verrons dans les bonus des projets suivants, que certains artistes soient plus frileux sur le sujet et restent plus conservateurs dans le choix de leur bonus. Encore une fois, ils décideront seuls de la nature de la relation qu’ils souhaitent tisser avec leurs fans ou amis.


La V1 de KKBB constitue une évolution philosophique puisque le volet spéculatif qui est l’un des piliers du modèle participatif originel, est supprimé ou conditionné par des investissements relativement importants. Qu’est ce qui a motivé cette évolution ? Ne pensez vous pas qu’il va pour le coup être très compliqué de communiquer sur votre offre ?

Nous nous sommes aperçu pendant notre période béta, en observant les autres sites de « crowdfunding », et surtout en discutant avec nos KissBankers que le coté spéculatif mis en avant pose par nature un problème réel.
En effet, dans la très grande majorité des cas, et de plus en plus, les projets artistiques musicaux sont et seront déficitaires.
Du coup ce coté spéculatif trop affirmé nous est apparu avec le temps comme trop racoleur.
D’ou la volonté chez nous de renforcer cette politique de bonus, donc de récompenses immédiates en fonction du niveau des participations des internautes.
En proposant de toute façon ce qui motive en premier lieu nos KissBankers : Participer à la création ou au développement d’un projet artistique. Puis, le voir aboutir sur Kisskissbankbank, en fonction de l’objectif fixé par l’artiste.

Pour nous cette rémunération aléatoire passe donc en arrière plan et devient naturellement un simple bonus parmi les autres.
Cela dit c’est évidemment l’artiste qui décidera s’il pense que ce partage des bénéfices potentiels est crédible dans son projet.
C’est vrai qu’à ce niveau là, nous avons modifié notre positionnement.
A un tel point, que vous verrez bientôt sur Kisskissbankbank des projets ou cette rémunération potentielle disparaitra complètement pour laisser la place à des initiatives ou il est difficile ou inenvisageable d’imaginer des bénéfices : Des documentaires, des expositions, des festivals, des courts métrages, des projets de designers…Seuls les bonus viendront récompenser les mécènes au prorata de leurs participations.

Sur le projet "Vincent Dargent" par exemple , pour 20 € l’internaute reçoit l’album en numérique. Un album qu’il aurait payé 9€99 à sa sortie. Est ce que ce n’est pas un peu paradoxal ? L’internaute qui finance la création n’est il pas mal récompensé ?

Encore une fois la première motivation est de participer au projet puis d’avoir la satisfaction de le voir aboutir.
Chacun choisira le montant de sa participation en fonction de sa motivation et de sa capacité financière. A l’artiste de bien calibrer ses bonus pour rendre son projet sexy. Nous veillerons à les guider au mieux sur ce sujet. Peut être avons nous été un défaillant sur ce point sur ces premier projets. Vos remarques permettront aux artistes et à nos équipes d’optimiser une certaine logique dans la valorisation des bonus.

Vous lancez votre modèle sur d’autres secteurs, qu’est ce qu’il faut en penser ? Le secteur participatif musical est il déjà trop concurrentiel ? Peu porteur ?

Cela a toujours été dans nos intentions.
Kisskissbankbank deviendra une plateforme dédiée aux artistes ou créateurs des univers de l’Art, de la Culture et de l’Entertainment. Nous leur proposons un environnement juridique favorable pour financer ou développer leurs projets avec leurs communautés de fans ou d’amis.
Nous avons commencé par la musique car c’était le secteur que nous maitrisions le mieux. Cette évolution fait partie de notre plan de marche.
J’espère que nous saurons trouver petit à petit l’équilibre d’une offre acceptable et juste pour les artistes et les internautes.
Si c’est le cas alors Kisskissbankbank aura rempli son rôle.
Pour cela, et vos critiques nous aideront a avancer, nous devrons visiblement mieux faire comprendre notre offre et nos motivations.

12 commentaires:

  1. lara a dit…
     

    Bonjour Vincent et merci de vous montrer ouvert au débat (merci à Bidibule de l'organiser aussi). Vincent, pourquoi pensez-vous que "ces labels [les labels indé] sont les mieux placés pour sélectionner les artistes de talents." ?
    Est-ce à dire que c'est le business model d'une entreprise, en l'occurence une maison de disques, qui fait la capacité à détecter le talent des artistes ? Si oui pourquoi ? Si oui aussi, quelle est alors selon vous la capacité propre aux majors ?
    Aussi, vous dites : "Ces bonus ne sont absolument pas des produits auxquels nous accolons une réelle valeur marchande, mais plutôt une valeur émotionnelle qui augmente en même temps que le montant des participations des KissBankers.". Cette phrase me laisse une impression de paradoxe, pourriez-vous nous expliquer la différence entre une valeur marchande et une valeur émotionnelle encourageant pourtant la participation financière ? N'est-ce pas exactement la même chose formulée différemment, au final ?
    Enfin, si je saisis bien vos propos, vous tenez aujourd'hui à encourager le mécénat des particuliers plutôt que de proposer un modèle de label participatif. Que devient du coup la signification du BankBank dans votre nom ?
    Merci par avance pour vos réponses,
    lara.

  2. Damien a dit…
     

    Ce que je ressent à la lecture de tout ça, c'est qu'il y avait une volonté de s'engouffrer/surfer sur le marché du crowdfunding avec une forme plus ou moins définie mais sans réel reflexion sur le fond. Un artiste venant me faire à diner ou organisant un concert dans mon salon peut prêter à sourire ou être défini comme un clin d'oeil il n'en reste pas moins que sur le fond, on "se paye" l'artiste.

  3. vincent a dit…
     

    Bonjour,
    Pour nous la mission principale d'un label, c'est d'être découvreur de talents d'abord, puis d' accompagner artistiquement son poulain pour lui permettre de concrétiser un projet qui lui ressemble.
    Ce n'est donc pas une question de Business modèle mais de motivation artistique. Les patrons des labels indé font ce métier par passion, les chance de faire fortune sont quand même très minces.
    C'est pour cela que Kisskissbankbank a orienter son modèle pour soutenir la production indé (musique ou autre) plutôt que de fabriquer un énième label participatif ou le grand public décide (soi disant) de la carrière future d'un artiste.
    Alors oui, les Sober & Gentle, les Rise et Discograph sont pour nous ceux qui ont la plus grande légitimité pour découvrir des vrais talents.
    Le rôle de la major est plus large, elle existe surtout pour Marketer les artistes et les faire entrer dans une logique de rentabilité. Souvent au détriment de la qualité pour plaire au plus grand nombre. Cette phrase n'engage que moi évidemment.
    C'est vrai que la phrase que vous citez sur les bonus peut prêter à confusion...ce que j'ai voulu exprimer est l'idée suivante : quand l'artiste décide de vous faire participer à un projet, il ne se dit pas: je vais vendre mon MP3 ou mon concert à domicile tel ou tel prix. Sa logique est la suivante : Qu'est ce que je peux fournir à un KissBanker qui participera à telle hauteur( en euros) à mon projet ? C'est pour cela que je parle de valeur émotionnelle et pas de valeur marchande.Sinon quelle est la vraie valeur d'un diner avec PacoVolume ? Quelle est la valeur d'un concert à domicile de Man&Man? Nous sommes vraiment dans une logique de 'rewards" ou récompenses en contre partie d'une participation financière.
    Si l'on considère que les chances de retours financiers sont faibles, il faut trouver un moyen pour que ceux qui participent plus obtiennent plus. Notre logique à nous et celle des artistes qui joue le jeu chez nous est de donner de plus en plus de proximité avec le projet ou l'artiste.
    Kisskissbankbank permettra, j'espère, à une multitude de projets en tout genre de naitre ou de se développer. Aux artistes de décider en fonction de la nature de leur projet s'ils se placent dans une optique de mécénat ou de partage des revenus potentiels. Nous n'encourageons pas une logique au détriment de l'autre, nous voulons faire co-exister les deux. Le point commun entre les deux approches sera l'existence de ces fameux bonus fixés par l'artiste.
    Quant à votre dernière question, la réponse est simple...notre philosophie de départ, et elle ne varie pas, est de permettre aux KissBankers de participer à des projets qu'ils aiment (Kisskiss) et auxquels ils participeront financièrement (Bankbank).
    J'espère que vous comprenez mieux nos motivations.
    Vincent

  4. Sincever a dit…
     

    @ Vincent : L'image qui me semble être renvoyée en lisant tout ceci est la suivante : KissBankers, faites un don et vous aiderez un projet musical. En échange vous aurez un petit cadeau pour le geste en plus de la fierté d'avoir permis à un projet d'aboutir.

    KKBB est donc en quelque sorte pour l'artiste une simple vitrine dans le but d'accumuler une somme d'argent pour produire leur album ?

    Puisque c'est l'artiste qui choisit les bonus, il pourrait très bien le faire lui même en le proposant sur son propre site... Qu'apportez-vous de plus à part de la visibilité sur des artistes en qui vous croyez ? Vous parliez d'outils, je crois ?

  5. Lartizan a dit…
     

    J'allais poser les meme questions, auxquelles je rajoute : qui possede quoi, a la sortie d un album ?
    quelle est la retribution de votre site ? ou votre business model si vous ne prenez vraiment rien a personne (ca me semblerait fou mais bon c'est ce que j ai cru lire ds le droit de reponse).

    merci.

  6. vincent a dit…
     

    Re,
    Je vais répondre aux deux derniers commentaires :
    Oui Kisskissbankbank, comme Kickstarter par exemple, est une plateforme pour permettre aux artistes de financer leurs projets avec leur communautés de fans ou d'amis. Notre modèle est simple, et très visible dans le comment ça marche de notre site : Nous conservons 20% des montants engagés par les KissBankers pour faire fonctionner Kisskissbankbank.
    A part des problèmes juridiques, rien n'empêcherait les artistes de faire de même sur leur site. L'objectif de kisskissbankbank est de cumuler des projets en tout genre pour donner une palette de choix intéressante aux internautes..plus il y aura de monde sur Kisskissbankbank et plus les artistes auront des chances de réaliser leurs projets..
    C'est aussi simple que cela..
    Quant aux outils que nous fournissons aux artistes, ils sont variés : juridiques, technologiques et financiers.
    L'artiste conserve 100 de ces droits (propriété intellectuelle), l'internaute a permis la création ou le développement d'un projet, a profité de ces bonus et encaissera parfois des dividendes quand les projets seront bénéficiaires..

  7. Bidibule a dit…
     

    En tous les cas , je suis heureux que le débat existe ...Merci à vous d'y participer et de le faire vivre .

  8. Frédéric Neff a dit…
     

    en tout cas, on a pas les même lecteurs sur le monde et sur Bidibule music.
    quand on lit les commentaires de cet article http://music.blog.lemonde.fr/2010/03/10/comment-vendre-son-cd-a-20-000-dollars/#xtor=RSS-32280322 sur du bonus artiste poussé à l'extrême...

    Il y a bien une place pour KKBB, peut être pas en France mais payer plus pour vivre un shot de "moment unique", ce n'est pas si ridicule. Reste a rendre l'offre lisible et proposer des bonus "pas trop much"

    D'ailleurs @vincent, pourquoi faire des internautes des "producteurs" pourquoi conserver le retour sur les ventes ? l'offre ne serait elle pas plus lisible si l'internaute était "donateur" ?

  9. Bidibule a dit…
     

    Merci pour le constat de bio diversité commentatrice ... Au passage je crois qu'il ne s'agit pas d'un article du monde mais simplement d'un blog hébergé sur la plate forme de blogging le monde.fr où la planète entière est invité à créer son petit chez soi numérique.

    Et cet article montre bien que l'expérience n'a pas été très bien vécue par l'artiste puisqu'il s'annonce dépassé par la machine qu’il a lui-même lancé. Et dieu sait que le terrain est glissant...

    Pour le reste, il me semble avoir suffisamment argumenté ma position ...

  10. Anonyme a dit…
     

    hello,
    si Paco Volume vient me faire une degustation de vin, va t'il faire la vaisselle ?
    Pour quel prix ?

    est ce que Bidibule pourrais me donner un cours de guitare en guise de bonus ?

    Et si KKBB me donnait un cours de ... marketing ?
    ah non, pas ca ...

    Une fois de plus, c'est du grand n'importe quoi .

    comment imaginer une seule seconde que se rapprochement entre artiste et public puisse avoir une valeur ?
    C'est oublier une donnee fondamentale, l'artiste communique par sa musique, son art, est ce si complique a comprendre ??

    zgo

  11. daryl revok a dit…
     

    et si ces bonus, tant décriés par certains d'entre vous, amusent à la fois ceux qui investissent et les artistes qui les proposent ?

    Tout projet créatif doit faire face des problématiques de financement. Ces problèmatiques s'accompagnent à un moment ou l'autre de compromis. En prenant l'exemple de l'industrie musicale, puisque c'est le cas ici, un artiste signé sur une major ou un gros label indépendant, devra faire des compromis quand aux arrangements de ses morceaux, au choix des morceaux mis en avant, aux choix de pochettes etc pour que le morceaux soit plus vendeur. Est ce un modèle plus intègre, moins humiliant ?

    Un artiste preferera t-il vivre une expérience rigolote avec ceux qui le financent (donner un cours de guitare, apporter un petit)déjeuner à domicile) et avoir une totale liberté de création, ou préférera t-il ne pas "donner la papatte" comme le souligne le brillant Monsieur Hénocq (au parcours resplendissant mais à l'analyse un peu courte)mais avoir à se plier aux stratégies des maisons de disques ?(ces stratègies étant: il faut vendre des disques, pour vendre des disques il faut faire ca, donc toi l'artiste, ravale ton ego, et fais moi ca)

    Chacun choisira son camp.

  12. Anonyme a dit…
     

    " des bonus ..." l'artiste donner des " bonus " mais on croit rever la, c'est immonde !
    quel rabaissement , quelle image deformee de la musique, de l'artiste ...

    aaaaah ! au secours !!

    Zgo

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