Le blog de Bidibule

L'industrie musicale vue par...Comment dire ... Un artiste D.I.Y.

John Carpenter et moi... Où les dérives du "Direct to fan"

Pour cause de chute libre des ventes, le petit monde de la musique , avec en première ligne les créateurs, est appelé à diversifier les sources de revenus. Après le « monte sur scène et le ciel t'aidera », la relation fan artiste est désormais désignée parachute officiel des artistes dans l'air du temps. Mais dans cette course à la monétisation alternative , n'avons nous pas oublié quelque chose ? Onfray ayant récemment tué Freud, je m'attaque décomplexé à l'analyse des dérives du dernier « y'a qu'à » en date.




Objection votre honneur …

Lorsque l'on me parle de monétisation de la relation fan artiste comme l'une des solutions à la crise de la musique ou du moins comme une voie praticable , plusieurs objections me viennent en tête. La première traduit une certaine inquiétude, une inquiétude que je pense partagée. Du moins si j'en crois les commentaires que certains d'entre vous ont récemment laissé dans ces colonnes numériques. Comprenez que lorsque l'on parle de monétiser une relation artiste public jusque dans l'organisation de diner , de livraison de petit déjeuner … Il m'apparait légitime que les créateurs trouvent le terrain glissant. N'est-on pas en train de dire aux agriculteurs de vendre des tours de tracteur ? Faut il aller aux toilettes avec ses potentiels auditeurs pour vivre de sa musique ? Pour commencer , je crois qu'il appartient à chaque artiste de trancher sur la question , de définir ce qui entre ou pas dans la démarche artistique qui est la sienne , voir aux efforts ou concessions pour lesquels il se porte volontaire.



Cependant, le problème est plus complexe car si l'idée est de monétiser une relation , encore faut il que cette relation existe, et donc être deux. Nous n'échapperons pas à la loi de l'offre et de la demande, posons nous donc la bonne question : Cette demande existe-t-elle ? Cette offre trouve t-elle preneur ? A considérer que l'essentiel de la masse raisonne comme Christian Audigier : oui ! Mais est ce vraiment le cas ? Nous allons prendre un exemple que je connais bien, le mien.


John Carpenter, Rihanna et moi …

Il se trouve que j'ai depuis mon adolescence beaucoup d'admiration pour John Carpenter , cinéaste et compositeur américain. Le monsieur nous a livré quelques uns des classiques du cinéma de genre et les B.O. qui vont avec : Halloween, new york 1997, Fog, They live etc …
Ma « fan attitude » (si je puis dire) se traduit par l'achat de place de cinéma , de DVD , de magazine spécialisé. A priori, je ne ressens pas comme un besoin, ou allons y plus franchement je n'ai pas envie que John Carpenter m'appelle pour me souhaiter mon anniversaire, ni de déjeuner ,ou prendre une douche avec lui. (ce qui je le concède dans le cas d'un fan de Rihanna se discute mais passons). Pour être tout à fait franc, je crains que l'expérience si elle m'était proposée dans le cadre de la monétisation Fan Artiste se rapprocherait d'une gène intense !

Les raisons en sont simples. La relation fan artiste est qu'on le veuille ou non une relation à trois. J'ai de l'admiration pour l'œuvre de Carpenter, Carpenter est le créateur de ce que j'admire, je vois Carpenter à travers le prisme de son oeuvre. Et pour tout vous dire: Je n'ai pas envie de désacraliser Carpenter. J'ai au contraire besoin de lui en tant que modèle , qu'idéal, qu'exemple, qu'un absolu pas en tant qu' autre être humain avec qui je peux entretenir une relation des plus conventionnelle. Soyons clair : J'ai besoin de croire que Rihanna n'a jamais les yeux collés au réveil et qu'elle n'a jamais pété de sa vie. Bref, je ne veux pas voir l'envers du décors car il n'a pas de sens particulier pour moi contrairement à l'endroit .

Je crois aussi qu'il est important de définir cette relation « tarifée »comme une expérience de relation , un Ersatz de l'intime et en rien une relation construite et authentique ce qui pour moi lui enlève l'essentiel de sa valeur et peut poser d'autre questions peut être plus philosophiques que je me garderai bien d'aborder ici.


Et quand bien même …

Si ce que je considère comme les dérives du D2F étaient véritablement l'avenir ...Cela ne serait pas sans poser un problème plus structurel. J'aimerai savoir ce qui est réservé à ceux d'entre nous ( auteurs, compositeurs , arrangeurs et j'en passe ) qui ne sont pas en « front ». Ceux qui ne pourront pas emprunter ces voies et qui pourtant sont au cœur, à la source de la création. Si ces nouveaux revenus constituaient à l'avenir la source viable et significative de financement de la musique , il m'apparait évident que de nouvelles clés de répartition devront être créée, sous peine de laisser bon nombre de ceux qui font la création sur le bord de la route.

7 commentaires:

  1. Charly Et Sa Drôle De Dame a dit…
     

    Très bonne réflexion sur le sujet !
    Là où je te rejoins, c'est que comme beaucoup, moi non plus, ça ne m'intéresse aucunement de faire la vaisselle avec un artiste dont j'admire le travail.
    Mais bon, chacun pose les limites de ce qu'il propose ET de ce qu'il achète.

    Donc de ton côté, comme du mien, allez au resto avec Carpenter, non... mais assister à un tournage ? voir en avant première un film, visionner des rushs inédits, lire un début de scénario ?

    Selon moi, le D2F n'est pas seulement une monétisation directe avec un acte. (Je paye pour voir Rihanna se démaquiller ou s'exprimer le matin avec un langage éolien)

    La monétisation peut avoir effet indirectement avec l'acte mais directement avec l'artiste: J'achète un CD personnalisé , une place de concert, un T-shirt parce que bien évidemment j'aime sa musique mais aussi parce que l'artiste a partagé des moments de leurs réalisations directement avec moi, parce qu'il m'a sollicité pour avoir un avis sur un détail, parce qu'il me propose de participer à un clip, parce qu'il m'a convié à un concert privé, parce que je me sens concerné par l'évolution des ses projets.

    En fait, je pense que le D2F ne fait que rejoindre ou extrapoler le simple fait que Cunégonde, 27 ans, a acheté plus facilement le CD des "Hi Hi Ha Ha Walk Walk" après un concert alors qu'elle avait déjà entendu le CD sur Deezer...

  2. Bidibule a dit…
     

    Tout à fait , c'est pourquoi j'ai pris soin de rappeler plusieurs fois dans l'article et jusque dans le titre que j'évoquais ici les dérives du « Direct 2 fan » . C'est à dire pour moi ( et c'est un avis personnel ) le moment ou ce qui est proposé ne rentre plus dans un relation «Public - Œuvre».

  3. Stan a dit…
     

    Intéressante reflexion !

    Je crois pour ma part que l'on va néanmoins vers une désacralisation des artistes en général.

    Internet est en train de tuer à petit feu la télévision qui avait mis certains sur un pied d'estale.

    Personnellement, mes "héros" préférés ont toujours été ceux qui me paraissaient humains. Sans rentrer dans les extrêmes que tu pointes, cette tendance me ravit plutot.

    Mais j'ai des amis qui sont plutot comme toi et regretteront certainement le temps des idôles...

  4. Bidibule a dit…
     

    Y'a plus que de la réalité qui dégouline de la télé .. Mais où où où où sont les super héros ?

    ça me rappelle un truc ça ! ;)

  5. Caro a dit…
     

    C'est drôle parce que tout comme toi, Bibidule, payer pour aller dîner avec un artiste que j'admire ne m'intéresse pas du tout, mais pour la raison inverse de la tienne : cette personne fait caca tout comme n'importe qui.

    Je peux sacraliser une oeuvre, mais je ne souhaite pas forcément mettre son créateur sur un piédestal. Ce qui ne m'empêche pas d'avoir un immense respect pour lui.
    Et je trouve, comme Stan, que la désacralisation est plutôt quelque chose de positif.

  6. Anonyme a dit…
     

    "Péter" dans l'article, "faire caca " dans les commentaires
    Je vois en tous les cas que vous avez complétement désacralisé ce blog !

    Vous faites un week end thématique c'est ça ?

    Rimes

  7. Benoit a dit…
     

    Excellentes réflexions en effet !

    Il est intéressant d'être très prudent sur ce récent modèle ...

    Autant j'imagine une ado vouloir faire une séance de shopping avec Britney Spears, autant j'imagine moins un fan de Metallica acheter son Whisky avec James Hetfield ...

    Non ce n'est pas un cliché ;-)

    Pour moi le modèle est prometteur, mais il faudra rapidement adapter en fonction de l'univers musical et de l'attente des fans ...

    Charge aux artistes d'affiner cela ? Ou peut-être que nos tendres maisons de "disques" pourraient enfin investir un peu en R&D pour comprendre ce qu'attends un fan ?

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