
La vérité sur le DIY ...
Je voudrais en guise d’introduction bien préciser que je ne suis ni analyste économique, ni expert en stratégie maketing , mais un simple Artiste DIY. Et vu la variété des espèces constituant la faune et la flore de l’auto-production musicale, je crains de ne pouvoir revendiquer la moindre forme de «représentativité» .Et si je prends autant de précautions dans l’introduction de ce qui va suivre, c’est que je n’ai nullement la prétention d’éclairer la route de qui que soit , mais simplement de partager avec vous quelques expériences et réflexions liées à mon parcours dans la jungle de la musique sur Internet. C'est pas l'homme qui prend le DIY , c'est le DIY qui prend l'homme...
Je lis souvent que le DIY est un choix . Je ne peux qu’aller dans ce sens , encore faut il répondre à la question : De quel type de choix sommes nous en train de parler ? Comprenez que je n' ai pas eu à choisir entre signer chez Sony Music France et produire mon disque à la maison. C’est même parce que personne ne m'a proposé quoi que ce soit que j’ai décidé de prendre les choses en mains. Je pourrais dire de façon très pragmatique, un peu froide mais surtout franche que le choix auquel j’ai été confronté était : Faire un disque par moi même ou ne pas faire de disque du tout.
Avant même d'être un début de solution , le DIY est une nouvelle série de problème...
Pour moi comme pour je pense pour beaucoup d'artistes dans ma situation , le DIY s'est accompagné d'un autre concept le W.M. (Without Money). Et il y a, croyez mois, plus qu' un fossé entre tout faire par soi même et y parvenir « presque » sans argent. Je vous laisse apprécier le presque car , j'y reviendrai , un projet tout aussi D.I.Y. qu'il soit n'échappe pas pour autant à une réalité économique. Il faut comprendre que dans cette configuration , il devient compliqué d' élaborer une stratégie et de raisonner en terme d'objectif / de moyen à mettre en œuvre, ces derniers faisant justement défaut. Au départ, la seule voie qui m'est apparue praticable fut de définir un objectif volontairement flou (porter mon projet le plus loin possible...) et raisonner en terme d'opportunisme. Dans la pratique, lorsque j'ai débuté l'enregistrement de mon premier disque, je savais qu'il ne me serait pas possible d'avoir un orchestre symphonique, ni l'arrangeur de tel ou tel artiste. Il m'appartenait de faire une proposition artistiquement cohérente avec ce que j'avais sous la main , ni plus , ni moins. Lorsqu'il a été question de se donner de la visibilité , le raisonnement fut le même.
Une sorte de longue traine de la visibilité …
Début 2006 , lorsque j'ai commencé à exposer le projet « Bidibule » sur Internet, j'ai assez rapidement compris que la visibilité serait mon principal problème. Un ou deux bons titres ne suffirait pas. Je ne pouvais être dans une logique de Break en radio. Et j'étais de plus dans l'impossibilité penser la sortie du disque comme une major ou un label l'aurait fait , c'est à dire en définir une date de sortie et viser une convergence dans le temps des moyens de promotion. Je misais donc sur une sorte de longue traine de la visibilité. A l'époque , il y avait beaucoup d'espoir dans la musique sur internet certes mais déjà beaucoup d'artistes sur Myspace. La démarche « promotion 2.0 » était en train de se normaliser . La question était (elle l'est toujours) : Comment sortir du lot en faisant la même chose que tout le monde ?
La seule réponse que j'ai trouvé fut de ne pas trop m'occuper des « Il faut » ,des « ça passe par » . J'ai donc essayé beaucoup de choses. Certaine sont tombées à plat ou ont bien marché , enfin et c'est certainement le plus drôle d'autres ont fonctionné à retardement ou par dommages collatéraux . Ainsi mon clip participatif réalisé durant l'été 2006 s'est retrouvé en home page de myspace et dans un article de Telerama (qui traine encore sur le net) en 2007. Ma petite réponse en chanson à Alain Souchon a terminé sur le Mouv . Mon blog m'a permis de taper l'incruste à l'assemblée nationale pendant le débat sur l'Hadopi ou d'être invité par Marc Olivier Fogiel sur Europe 1. Et j'en passe...
A l'heure ou le spectacle vivant fut déclaré meilleure nouvelle ancienne façon de monétiser et étape cruciale de développement de tout projet de Patrick Fiori à David Guetta en passant par René La Taupe , j'ai tourné le dos à la scène par un déficit de moyen mais surtout d'envie et j'ai lancé un blog . Ce caractère atypique de mon positionnement m'a valu bien des critiques... ;)
En fin de compte , en quelques années d'aventures musicales et numériques j'ai récolté quelques médailles , réalisé quelques fantasmes médiatiques d'ados et suffisamment vendu pour arriver à rentabiliser le projet. ( Je veux dire par là rentrer dans les frais ) Lorsque l'on me demande « où j'en suis » , j'ai toujours un peu de mal à répondre. Il faut dire qu'avec un objectif de départ « Aller le plus loin possible » je me suis pratiquement tiré une balle dans le pied pour l'évaluation. ;) .En même temps je n'ai jamais eu une vision rationnelle de ce parcours c'est à dire passant par A puis B puis C .Pour être franc je me fous même un peu de savoir où j'en suis tant que mon projet avance d'une façon ou d'une autre.