Le blog de Bidibule

L'industrie musicale vue par...Comment dire ... Un artiste D.I.Y.

Faut il sacrifier la francophonie au dieu export ?


Il y a quelques jours mon collègue Philippe Astor publiait sur Electron libre un billet à propos de l'obsession culturelle française en prenant ou prônant comme exemple le dernier artiste signé chez Atmosphérique. Billet qui a valu à ce cher Philippe de se faire joyeusement tamponner sur sa page Facebook par un autre blogueur de Talent Philippe Axel. Je dois avouer que mes journées étant déjà suffisamment longues, je n'ai pas eu le courage de venir faire le « Bernard Kouchner », indigné, l'air grave, un sac de « I like » sur l'épaule, dans cette guerre des Philippes. Mais j'ai tout de même gardé cette franche empoignade numérique dans un coin de ma tête en caressant l'espoir d'en faire à mon tour un petit billet. Je m'exécute donc...

J'aimerai en guise d'introduction dire qu'il n'est pas si simple d'aborder la question de l'exception culturelle. Je pourrais par facilité me laisser aller à un universalisme aussi niais qu' abstrait, dans lequel tout se vaudrait , tout serait culture , et tout serait français …Tout comme je pourrais me complaire dans la posture inverse, limitant le périmètre de la culture française aux frontières de la francophonie et à une certaine exigence dont je serai l'unique gardien . Hors dans ce pays merveilleux qui a eu la talent de naturaliser Stravinsky, rien n'est jamais simple et c'est pourquoi je ferai preuve de beaucoup de prudence en m'aventurant sur ce terrain. Comprenez que ceux qui voudront m'accuser de francophonisme peuvent déjà se mettre un bras... dans l'œil.

Le fait est qu'il existe dans certaines expressions artistiques des codes ou éléments associés constituant des piliers de ces expressions. Prenons un exemple qui fâche. A la grande époque du « disco » , les quelques artistes et producteurs français qui réussirent à prendre le train en route et parfois s'illustrer brillamment l'ont majoritairement fait en langue anglaise. Langue qui constitue l'un des éléments fondateurs, pour ne pas dire l'un de code du genre. Ceci ne veut pas dire au passage qu'un chemin de traverse menant à nos villages gaulois ne puisse être envisagé. D'ailleurs quelques grands textes en langue française eurent la chance de côtoyer les rythmes sautillant et "wah-whahisé" des années 80 : « T'es ok , T'es in... » « haut les mains , oh oh oh haut les mains, donne moi ton coeur » … Refermons au plus vite cette parenthèse aussi cynique que dancefloor...

Je pense que lorsque la langue anglaise trouve une justification artistique dans le respect d'un esthétisme ou d'un courant d'expression. Je ne vois aucune bonne raison d'exclure d'une appartenance à notre terroir ceux font le choix de l'utiliser, en rappelant au passage que je préfères des artistes qui portent du talent que des artistes qui portent des drapeaux. Dans le même temps , de manière factuelle, peut on écrire que ces artistes sont des portes paroles de la culture française . Je vais poser la question autrement : La démarche d'un artiste est elle par essence et défaut appelée à s'inscrire dans la culture de son pays d'origine ? Faut il exiger une carte d'identité à l'artiste ou à son œuvre ? Notons au passage que depuis des années, Hollywood, que l'on accuse à tord ou à raison de grand colonisateur culturel , a tranché sur la question en faisant des films américains avec des réalisateurs européens... Je n'ai pas souvenir d'avoir entendu de la bouche de nos artisans du 7e art les plus « exportés » outre atlantique , Louis Letterrier ou Alexandre Aja par exemple, le moindre début d'argumentation qui aille dans le sens inverse de ce constat.

Est ce parce que le marché local ne représente plus suffisamment de perspectives ? … Les artistes qui ont fait le choix de s'exprimer en langue anglaise, les « sans avenir » d'il y a quelques années rappelons le ( Tu es français, tu chantes en anglais, ça ne marchera jamais ) se sont retrouvés dans le désir des puissants. Puisque que l'on nous parle de sacrifier la francophonie au dieu Export, j'appelle , sans vouloir forcement briser les rêves d'Amérique des uns et des autres , à un peu plus de pragmatisme. Car de manière factuelle, si ces productions sont potentiellement armées pour partir à l'assaut d'un marché de l'entertainment mondialisé, je crains que les coûts de promotion soient à la hauteur des ambitions affichées. Pire que ces artistes se trouvent même pénalisés sur leur territoire d'origine puisque ne bénéficiant pas des quotas et se retrouvant en compétition avec des artistes anglo-saxons de haut vol. Et ce quelque soit les moyens déployés dans la production de ces artistes...Si il suffisait d'enregistrer à Abbey Road pour devenir un Beatles, ça se saurait non ?

En tant qu'artiste, je trouve l'essentiel de ce débat et les argumentaires associés assez drôle. Je me félicite de voir des artistes français parvenir contre vent et marée à s'exporter hors de nos frontières tout en étant parfaitement conscient que ces derniers embrassent et subliment (les mots sont à moitié prix aujourd'hui) une culture plus universelle , sans doute plus anglo saxonne mais ne participent en rien au rayonnement d'une culture francophone et l'assument parfaitement. Toute comme, je trouve personnellement choquant qu'une soirée « French Vibes » organisée par la France au dernier MIDEM ne donne qui si peu de place à la francophonie. Au final , j'invite surtout les artistes de ce pays à chanter comme ils l'entendent, et les professionnels à ne pas trop faire de plans sur la comète . La culture française, réelle ou fantasmée, exportée ou pas , ne s'en portera que mieux.

6 commentaires:

  1. francoisville a dit…
     

    Chanter en anglais c'est quand même bien pratique quand on n'a rien à dire ou quand on ne sait pas s'exprimer. Reste le problème de l'accent...

  2. Bidibule a dit…
     

    Mais qu'est ce que ça veut dire ça ?

  3. Grand Petit Plus a dit…
     

    J'ai cru voir, ici ou là, que les quotas seraient menacés. Il semblerait que la fronde provienne des radios elles-mêmes... Les quotas, d'ailleurs, seraient contournés en choisissant les heures d'écoute les plus creuses pour diffuser les francophones et les nouveautés francophones (j'ignore s'il y a des quotas pour les nouveaux talents). Qu'en-est-il ?

  4. Bidibule a dit…
     

    Le problème des quotas, c'est en effet ce qu'on en fait ...

  5. Yann a dit…
     

    Il faut arrêter la culture française n'est pas en danger à cause de l'américanisme. Le ministère de culture fait bien son taf. Il y a une réalité ,maintenant, pour prétendre à une carrière à l'international l'anglais est quasi obligatoire. Cela doit relever du choix de l'artiste, il n'a pas prendre en compte cette histoire d'exception culturelle ni être. N'oublions pas que la France rayonne culturelle de le monde (vin, paris,champagne David guetta...)

  6. Anonyme a dit…
     

    Tout se trouve à mon sens dans le commentaire de Yann "pour prétendre à une carrière à l'international l'anglais est quasi obligatoire".
    D'une part ceci est faux ( ex: Rammstein chante en allemand et avec eux des milliers de japonais (par ex.) qui apprennent la langue.

    et d'autre part c'est ce qui différentie l'art du business.

    L'art est synonyme de création et dans ce cas on crée d'abord pour se plaire à soi dans un mode d'expression où l'on se sent le mieux: sa langue maternelle(qui peut être aussi l'anglais).

    Le business c'est fabriquer un produit pour plaire à un public, pour vendre,pour faire carrière et là tout est permis. le commerce n'a pas d'état d'âme.

    Le public choisira lui-même ce qui lui plait sans quelquefois savoir si c'est de l'art ou du business ( si c'est du Picasso ou de la reproduction graphique)

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