Le blog de Bidibule

L'industrie musicale vue par...Comment dire ... Un artiste D.I.Y.

Moi, Telerama et mon stylo hadopi....

Ce qu’il y a de frappant lorsque qu’en tant qu’artiste, pire en tant qu’artiste autoproduit, tu poses les pieds dans le palais des festivals en plein Midem, c’est que tu découvres une grande famille dont tu ne fais pas partie. Permettez moi d’ajouter à priori. Car dans la réalité, par un mécanisme de compression des échelles (de vente mais pas seulement), voir un partage de peu de perspective, je suis tenté de penser que chacun peut désormais prétendre au titre honorifique de roi de l’absence de pétrole. Mais revenons à nos moutons . Voici avec beaucoup de retard, ma chronique post Midem ou comment je suis venu prendre la température et je suis parti avec un stylo Hadopi…

Le 31 décembre dernier, alors que j’étais interviewé par Telerama pour un dossier devant être publié en marge du Midem, une question m’avait quelque peu troublé. « Maintenant qu’on sait pourquoi ça va mal, qu’est ce qu’on fait là , maintenant , tout de suite pour que cela aille mieux? » Pour être honnête avec vous , je ne pense pas du tout que le diagnostic soit à ce point acquis, ni que les pathologies et symptômes associés, voir les interactions qu’elles entretiennent soient identifiées. Je crains même qu’une bonne partie des acteurs divers et variés de l’industrie musicale vivent encore dans un déni plus ou moins partiel de réalité. Se réfugiant, pour calmer des angoisses qui me paraissent à vrai dire justifiées, soit dans un ésotérisme « Digital» soit dans une forme de gesticulation un peu vaine que nous appellerons Hadopi. Entre médecine parallèle et traitement de la dernière chance donc…

Je suis venu à ce Midem avec une interrogation. La messe est elle dites ? Y’a-t-il encore quelque chose à faire ou l’industrie musicale a-t-elle entamé sa supplique pour être enterré sur la plage de Cannes ? Étant d’un naturel prévoyant, j’étais venu avec une partie de la réponse. Ou du moins un constat que je crois partagé . Cette industrie( ou plutôt ce cumul d’artisanat partageant des intérêts divergents ) est pour commencer dans une double impasse. 1 Ce qu’elle a à vendre à de moins en moins de valeur. 2 Ce qu’elle a à vendre est de moins en moins vendu.

Je suis reparti avec un stylo Hadopi… Symbole ultime de la guerre que cette industrie a déclaré à ses propres consommateurs. J’ai donc découvert avec surprise , accrochés à cette bouée répressive, une partie de mes camarades d’infortune espérant encore …Quoi ? On ne sait pas trop. Des jours meilleurs , comme les chantait Forestier, sans doute… Et dans son naufrage gradué , une industrie musicale qui voudraient maintenant personnifier la culture, la main tendue vers l’état et le cerveau embrumé par des rêves compulsifs de taxation. Étrange posture que celle de se condamner soi même au parasitisme… Mais passons…

Bien entendu, du haut du trône minuscule que constitue ce blog, la critique est facile. « Que faut il faire maintenant ? » me demandait le journaliste de Telerama et ne me vient en tête qu’une scène de « The last Starfighter »de Nick Castle où un capitaine répond avec cynisme à la question par « Mourir ». Car de toute évidence , nous ne referons pas le chemin en arrière, de toute évidence cela n’ira pas mieux. Je crains par conséquent que la messe soit en effet dite et que tout effort désormais concédé, le soit en vain.

Je suis donc revenu de ce Midem avec l’étrange conviction d’avoir vu les derniers tours de passe passe de magiciens fatigués…et quelques illusionnistes d’un jour nous expliquant la coup de la carte montante…



Faut il sacrifier la francophonie au dieu export ?


Il y a quelques jours mon collègue Philippe Astor publiait sur Electron libre un billet à propos de l'obsession culturelle française en prenant ou prônant comme exemple le dernier artiste signé chez Atmosphérique. Billet qui a valu à ce cher Philippe de se faire joyeusement tamponner sur sa page Facebook par un autre blogueur de Talent Philippe Axel. Je dois avouer que mes journées étant déjà suffisamment longues, je n'ai pas eu le courage de venir faire le « Bernard Kouchner », indigné, l'air grave, un sac de « I like » sur l'épaule, dans cette guerre des Philippes. Mais j'ai tout de même gardé cette franche empoignade numérique dans un coin de ma tête en caressant l'espoir d'en faire à mon tour un petit billet. Je m'exécute donc...

J'aimerai en guise d'introduction dire qu'il n'est pas si simple d'aborder la question de l'exception culturelle. Je pourrais par facilité me laisser aller à un universalisme aussi niais qu' abstrait, dans lequel tout se vaudrait , tout serait culture , et tout serait français …Tout comme je pourrais me complaire dans la posture inverse, limitant le périmètre de la culture française aux frontières de la francophonie et à une certaine exigence dont je serai l'unique gardien . Hors dans ce pays merveilleux qui a eu la talent de naturaliser Stravinsky, rien n'est jamais simple et c'est pourquoi je ferai preuve de beaucoup de prudence en m'aventurant sur ce terrain. Comprenez que ceux qui voudront m'accuser de francophonisme peuvent déjà se mettre un bras... dans l'œil.

Le fait est qu'il existe dans certaines expressions artistiques des codes ou éléments associés constituant des piliers de ces expressions. Prenons un exemple qui fâche. A la grande époque du « disco » , les quelques artistes et producteurs français qui réussirent à prendre le train en route et parfois s'illustrer brillamment l'ont majoritairement fait en langue anglaise. Langue qui constitue l'un des éléments fondateurs, pour ne pas dire l'un de code du genre. Ceci ne veut pas dire au passage qu'un chemin de traverse menant à nos villages gaulois ne puisse être envisagé. D'ailleurs quelques grands textes en langue française eurent la chance de côtoyer les rythmes sautillant et "wah-whahisé" des années 80 : « T'es ok , T'es in... » « haut les mains , oh oh oh haut les mains, donne moi ton coeur » … Refermons au plus vite cette parenthèse aussi cynique que dancefloor...

Je pense que lorsque la langue anglaise trouve une justification artistique dans le respect d'un esthétisme ou d'un courant d'expression. Je ne vois aucune bonne raison d'exclure d'une appartenance à notre terroir ceux font le choix de l'utiliser, en rappelant au passage que je préfères des artistes qui portent du talent que des artistes qui portent des drapeaux. Dans le même temps , de manière factuelle, peut on écrire que ces artistes sont des portes paroles de la culture française . Je vais poser la question autrement : La démarche d'un artiste est elle par essence et défaut appelée à s'inscrire dans la culture de son pays d'origine ? Faut il exiger une carte d'identité à l'artiste ou à son œuvre ? Notons au passage que depuis des années, Hollywood, que l'on accuse à tord ou à raison de grand colonisateur culturel , a tranché sur la question en faisant des films américains avec des réalisateurs européens... Je n'ai pas souvenir d'avoir entendu de la bouche de nos artisans du 7e art les plus « exportés » outre atlantique , Louis Letterrier ou Alexandre Aja par exemple, le moindre début d'argumentation qui aille dans le sens inverse de ce constat.

Est ce parce que le marché local ne représente plus suffisamment de perspectives ? … Les artistes qui ont fait le choix de s'exprimer en langue anglaise, les « sans avenir » d'il y a quelques années rappelons le ( Tu es français, tu chantes en anglais, ça ne marchera jamais ) se sont retrouvés dans le désir des puissants. Puisque que l'on nous parle de sacrifier la francophonie au dieu Export, j'appelle , sans vouloir forcement briser les rêves d'Amérique des uns et des autres , à un peu plus de pragmatisme. Car de manière factuelle, si ces productions sont potentiellement armées pour partir à l'assaut d'un marché de l'entertainment mondialisé, je crains que les coûts de promotion soient à la hauteur des ambitions affichées. Pire que ces artistes se trouvent même pénalisés sur leur territoire d'origine puisque ne bénéficiant pas des quotas et se retrouvant en compétition avec des artistes anglo-saxons de haut vol. Et ce quelque soit les moyens déployés dans la production de ces artistes...Si il suffisait d'enregistrer à Abbey Road pour devenir un Beatles, ça se saurait non ?

En tant qu'artiste, je trouve l'essentiel de ce débat et les argumentaires associés assez drôle. Je me félicite de voir des artistes français parvenir contre vent et marée à s'exporter hors de nos frontières tout en étant parfaitement conscient que ces derniers embrassent et subliment (les mots sont à moitié prix aujourd'hui) une culture plus universelle , sans doute plus anglo saxonne mais ne participent en rien au rayonnement d'une culture francophone et l'assument parfaitement. Toute comme, je trouve personnellement choquant qu'une soirée « French Vibes » organisée par la France au dernier MIDEM ne donne qui si peu de place à la francophonie. Au final , j'invite surtout les artistes de ce pays à chanter comme ils l'entendent, et les professionnels à ne pas trop faire de plans sur la comète . La culture française, réelle ou fantasmée, exportée ou pas , ne s'en portera que mieux.